Printemps

Les arbres tendent leurs bras noircis vers le ciel. La sève monte. Les tilleuls ont été amputés et leurs moignons me font mal.

 

 

La sève est là depuis des milliers d’années et attend son heure. Le printemps arrive, cela bouillonne dans les racines, tout explosera et même les amputés verront leurs membres se couvrir de vert.

Dans les champs, les jardins et sur les balcons, on attend le signal.

Les jonquilles font leur malignes comme chaque année et ont déversé leur jaune dans les sous-bois.

Les hellébores vivent leurs derniers jours

Les chatons des arbres se balancent au vent.

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J’aime regarder les verts parer les arbres . Au début, il est clair et moussu. Il forcira et c’est un vert franc qui traversera les mois.

Le ballet de Stravinsky est plein de cette force qui cachée dans les profondeurs de la Terre jaillit avec force et beauté.

Cette œuvre créé le 29 mai 1913 a provoqué un scandale au théâtre des Champs-Élysées. Le scandale se joue chaque année pour notre plus grand bonheur

Le temps a laissié son manteau
De vent, de froidure et de pluye,
Et s’est vestu de brouderie,
De soleil luyant, cler et beau.

Il n’y a beste ne oyseau,
Qu’en son jargon ne chante ou crie ;
Le temps a laissié son manteau.

Rivière, fontaine et ruisseau
Portent, en livree jolie,
Gouttes d’argent d’orfaverie,
Chascun s’abille de nouveau :
Le temps a laissié son manteau.

Tout comme le printemps si joliment chanté par Charles d’Orléans, j’aime m’habiller de nouvelles parures quand le printemps pointe ses feuilles.

 

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Jonquilles

Le Narcisse jaune ou Narcisse trompette (Narcissus pseudonarcissus) est une plante à bulbe du genre des narcisses et de la famille des Amaryllidacées.

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Le printemps est aux aguets mais est déjà en forêt.

Les jonquilles font leurs malines et ont colonisé les sous-bois.

Du jaune à perte de vue.

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Les sous-bois cantiliens regorgent de jonquilles, il y en a partout, c’est une folie.

Leurs feuilles longues et minces les précèdent mais personne jamais ne les ramasse.

Les fleurs sont cueillies, rapportées dans les maisons, là elles faneront leur beauté puis seront jetées.

Les fleurs sont fragiles et elles préfèrent être au frais avec leurs copines.

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D’autres sont abandonnées sur les plages des voitures, d’autres oubliées sur les chemins.

Les petites mains les pressent et elles étouffent sous les amours enfantines.

Les bouquets ramassés remplissent les mains.

Les enfants arriveront demain à l’école, les mains serrées sur leur trésor jaune.

Chaque année le miracle se reproduit.

La jacinthe des bois attend son heure, elles recouvriront la forêt de mauve.

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La nature jette ses pots de peinture , les stocks sont inépuisables.

Le printemps est tapi et attend son heure.

Les violettes sont déjà prêtes !

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Diamant

Une histoire vraie

Nom : Le « Grand Condé »

Lieu de naissance : mine de Kollur, région de Golconde, Inde du sud

Date de naissance officielle : 1740

Surnom : Diamant rose

Taille : 20,8 millimètres

Carat : 9,01

Poids : 9,01 x 200 = 1802 milligrammes = 1,802 grammes

Propriétaires : Louis XIV, Le Grand Condé, Duc d’Aumale.

Signe particulier : a vécu dans une pomme

Chapitre 1

Une vie tranquille.

Je vécus sur le pommeau d’une canne, trônai ensuite sur une épingle et puis je fus serti sur une toison d’or. Le duc d’Aumale m’acquit en héritage, je me reposai enfin dans le cabinet des gemmes à partir de 1884. Une vie plus qu’honnête.

 

Chapitre 2

Ma vie bascule

Dans la nuit du 11 au 12 octobre 1926, deux malfrats alsaciens : Léon Kaufer et Émile Sauter escaladent la Tour du Trésor, à l’aide d’une échelle volée sur le champ de courses, me dérobent avec d’autres amis.

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Chapitre 3

Dans les pépins

Je suis loin de mon cher château, j’ai peur dans cette drôle de prison sucrée. Je n’ai jamais dormi à l’hôtel et ce boulevard de Strasbourg est des plus interlopes. Léon et Émilie ne sont pas rentrés depuis plusieurs jours. J’aimerais rentrer à la maison pour les fêtes de noël.

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Chapitre 4

Retour au château.

Incroyable, le directeur de l’hôtel inquiet de l’absence de ses clients fait fouiller les bagages de mes voleurs. La femme de chambre en voyant la belle pomme, où j’étais caché, y mord à belles dents , s’en casse une et me découvre. Tout se passe très vite : je suis expertisé, reconnu, on arrête les voleurs. Tout est bien qui finit bien. Je rentre à Chantilly le 29 juin 1927. Je suis un peu triste car je ne vois plus grand monde, je reste au coffre mais les visiteurs s’émerveillent toujours devant un faux jumeau.

Épilogue

Les pommes et les femmes c’est une longue histoire mais comme tout finit en chansons, écoutons l’éternelle Marilyn Monroe : Diamonds are a girl’s best friend.

J’aurais bien aimé la rencontrer Marilyn.

 

 

 

Emmaüs

Hédé, Bernes, Erquery, Saint-Jean de Lignières, Beauvais, Brive, La Rochelle, Neuilly sur Marne, Neuilly Plaisance, Cergy Pontoise ………..

Achat de vaisselle, de livres, de verres, de fauteuils bridge, la complète de Balzac version noire et version cuir rouge,d’une chaîne Bang Olufsen avec son meuble d’époque, de tableaux, de vinyles …………

Acheter des 33 tours noirs, avoir tous les Deutsche Grammophon qui coûtaient si chers et que vous ne pouviez pas acquérir. Acheter ces merveilleuses couvertures, ces noms prestigieux.

Aller chez Emmaüs c’est la conquête du Graal à chaque visite.

Emmaüs c’est l’accumulation et parfois la solitude : solitude des objets et des âmes. On trouve de tout chez Emmaüs. Miroir grossissant de la société.

Les poupées oubliées sont encore plus seules dans le tas qu’elles forment.

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Parfois un ordre prend le dessus. Lignes de poteries, dizaines de hérissons, au choix : bleu ou vert ?

Pour l’amoureux des livres, c’est Byzance, la collection blanche à 2 euros. Vous n’aviez que le tome 2 du journal de Mathieu Galey : le 1 s’offre à vous. Parfois j’achète des livres déjà lus : comme celui de Donner et quelle surprise en l’ouvrant : un mot de Christophe lui-même.

J’y côtoie des âmes cabossées, abîmées par la pauvreté mais pourquoi se cacher la vérité de l’humanité.

Jardins

En quittant le centre ville vers les quartiers nord, la vallée de la Nonette accueille les jardins ouvriers rebaptisés en jardins familiaux. Le viaduc les regarde de haut.

Dans une note de 1909 Monsieur Vallon nous donne la raison morale de cette création :  «  Ce qui est de notoriété c’est que les jardins sont recherchés, qu’ils sont cultivés avec soin et intelligence, que les familles y trouvent une satisfaction morale et matérielle certaine, que si, d’une manière générale l’alcoolisme ne semble pas avoir diminué depuis la création desdits jardins ouvriers, il n’est pas douteux pourtant que le temps passé au jardin est enlevé au cabaret et que par conséquent on contribue, par les jardins ouvriers, à combattre ce qui est le fléau des travailleurs partout et notamment à Chantilly. »

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Cette petite cité verte possède ses rues, ces rues des numéros. Ce n’est plus le fléau de l’alcoolisme qui est combattu mais le plaisir qui est cultivé. Toutes les catégories sociales s’y retrouvent.

Classes laborieuses/ classes dangereuses cèdent peu à peu leur place à Classe aisée/ classe cultivée.

Allées soignées, fleurs, légumes, jolies délimitations, capucines débordantes, tournesols s’échappant, citrouilles attendant le prince charmant. C’est un enchantement de couleurs. Cela donne envie de devenir jardinier, de semer, de biner, de sarcler et de récolter. Jardins de légumes, de fleurs, jardins qui vivent au rythme des saisons, au rythme de la vie.

J’aime me promener dans cette petite Venise, l’eau y circule, les ponts enjambent les canaux. J’y rencontre mes amis devenus jardiniers et aux petits soins avec leurs jardins. Le jardin demande du travail, de la régularité, de la générosité et beaucoup de patience.

La route nationale, le viaduc sont proches mais je les oublie, ici je suis loin de tout. Parfois les idées noires me frôlent mais toutes ces couleurs les chassent.

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Louisfert

Je suis retournée à Louisfert, j’avais envie de revoir la maison/ école de René Guy Cadou.

Je me souvenais du restaurant où nous avions déjeuné.

Il existait toujours.

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Formule à 12 euros, j’ai pris de la bavette à l’échalote avec des frites : une folie.

Le restaurant était plein mais j’étais la seule femme.

Au moment de régler l’addition, je demandai à l’aubergiste : On peut visiter la maison de Cadou ?

Non et c’est bien dommage le neveu d’Hélène l’a léguée à la ville de Châteaubriant et ils ne font rien. C’est comme l’église elle est belle mais elle est fermée. Il reste le calvaire mais on en a vite fait le tour.

Tout est Cadou dans la ville : la rue, l’école, les panneaux mais on ne peut visiter sa maison. Il n’est que pour avoir été.

Des vers d’Aragon chantent dans ma mémoire :
Déjà la pierre pense où votre nom s’inscrit
Déjà vous n’êtes plus qu’un mot d’or sur nos places
Déjà le souvenir de vos amours s’efface
Déjà vous n’êtes plus que pour avoir péri

Cadou est né le 15 février 1920 et est décédé à l’âge de 31 ans. Ses parents étaient instituteurs, il le fut aussi , nommé en 1945 à Louisfert, il y restera.

Mais c’était un poète aussi, vos mémoires ont retenu :

La blanche école où je vivrai

N’aura pas de roses rouges

Mais seulement devant le seuil

Un bouquet d’enfants qui bougent …………..

Je me souviens d’Alan lisant ce poème pour Brigitte qui n’est plus et que j’aimais tant.

Mais ce n’est pas qu’un poète d’école et d’odeurs de craie.

C’est aussi un poète de l’amour, de la liberté, du végétal.

Je t’attendais ainsi qu’on attend les navires

Dans les années de sécheresse quand le blé

Ne monte pas plus haut qu’une oreille dans l’herbe

Qui écoute apeurée la grande voix du temps ……………………….

La nouvelle école est Cadou mais elle est derrière des barreaux, celle de Cadou se nichait derrière une barrière blanche, elle abritait les enfants le jour et un poète la nuit.

De la rue je voyais aussi mon enfance : les cabinets dans la cour, la marelle qui en huit sauts nous transportait au ciel.

La tristesse me frôla mais la vie l’emporta.

Canaux

Chantilly en un mot : crème, château, forêt, chevaux , je dirai canaux.

Sans les canaux pas de jardins, ni de fêtes. L’eau canalisée s’appelle Nonette à Chantilly.

C’est joli « nonette ». Petite fille, je mangeais des nonnettes à la récréation, un petit gâteau tout rond, à base de pain d’épices, de marmelade d’orange et de miel, fabriqué à l’origine par des religieuses.

Une seule lettre vous manque et tout est mangé.

Grand Canal, canal Saint-Jean, canal de la Machine et canal de Manse sont les témoignages du système hydraulique imaginé par Le Nôtre et Jacques de Manse. Les fêtes ne sont plus mais le parc dessiné par Le Nôtre et les canaux sont restés.

Le Grand Canal est majestueux, un peu austère, une grande artère ponctuée de pontons pour pêcheurs privilégiés.

Le canal Saint Jean est bon enfant, il abrite deux chemins sur ses rives opposées. L’un nous conduit vers la rue du Bouteiller, le réservoir et le chemin des Officiers. L’autre borde le canal sur toute sa longueur : fleurs, herbes graminacées s’y plaisent. Il est plus sauvage, moins fréquenté. J’y ai vu un cygne sur son nid, un ragondin et ai entendu les grenouilles coasser.

Le canal de la Machine est mon préféré, venant du Coq Chantant, après une courte descente le canal s’offre à mes yeux, le vert m’absorbe, l’eau me ravit. En été, les nénuphars étalent leurs robes vertes, les fleurs déploient leurs corolles jaunes tels des oriflammes.

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Le chemin des Obstinés bordé de grands arbres, de bancs, longe le canal de la Machine et invite à la promenade.

On y croise : des foulques, des canards, un héron, des cygnes, des nénuphars, des pêcheurs, des enfants, des chevaux, des amis, des bicyclettes, des poussettes, des patinettes.

 

On y rencontre : des bébés qui observent, des petits qui s’émerveillent devant les canards, des enfants qui pédalent, des collégiens qui sortent des cours, des amoureux qui s’embrassent, des plus âgés qui font une halte, des travailleurs qui déjeunent, des coureurs qui consultent leur montre connectée, des marcheurs qui randonnent, des pêcheurs qui patientent, des chiens qui traînent leurs maîtres, des cavaliers qui dominent.

 

C’est un endroit serein en pleine ville, au loin, on distingue des voitures se suivant et avançant à petits pas sur la nationale.

 

Les saisons habillent le canal de vert, de feuilles, de cristal et la pluie l’enchante.

Toutes les saisons l’aiment et en toute saison je l’aime.